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#ChantierORLANDO Avant-propos

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I have been impressed with the urgency of doing.
Knowing is not enough; we must apply.
Being willing is not enough; we must do.
(Leonardo da Vinci)
 
 

AVANT-PROPOS DE LA TRADUCTRICE

Cette traduction (dont vous découvrirez le texte sur les pages #chantierORLANDO et #chantierORLANDO - passages traduits précédemment), commencée le samedi 1er mars 2014, est basée sur le texte en anglais reproduit dans l’ouvrage Selected Works of Virginia Woolf (Wordsworth Editions, 2005). Project Gutenberg Australia a mis en ligne une version fiable du texte de Virginia Woolf (voir ici).

Je n’ai lu Orlando qu’en anglais. Wikipedia nous apprend qu’il existe à ce jour trois traductions françaises du livre de Virginia Woolf (je ne les connais pas) :

-       Publié en français sous le titre Orlando, trad. Charles Mauron, Delamain et Boutelleau, 1948 et 1957 ; rééditions : Stock, 1974 ; Le Livre de Poche, 1982.

-       Publié en français dans une nouvelle traduction de Catherine Pappo-Musard sous le titre Orlando, LGF, Le Livre de Poche/La Pochothèque, 1993 ; réédition, Le Livre de poche/Biblio no 3002, 2002.

-       Publié en français dans une nouvelle traduction de Jacques Aubert sous le titre Orlando, dans Œuvres romanesques, tome II, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2012 ; réédition, Folio no 5501, 2012.

 

Je ne cherche pas à faire mieux que ces traducteurs sûrement très compétents. Je choisis de ne pas lire leurs traductions afin que la démarche que j’entreprends dans un esprit récréatif ne devienne pas une comparaison des différentes versions françaises déjà parues. J’ai entrepris de traduire le texte pour plusieurs raisons :

-       la première, la plus simple à formuler : amour et admiration sans bornes pour le travail de l’immense écrivain Virginia Woolf, ainsi que pour sa personne, sa personnalité, son génie... Je la lis et la relis constamment depuis mes premières années de fac (DEUG de langue, civilisation et littérature anglaise, puis Licence de littérature anglaise, avant de bifurquer vers le CAPES d’anglais, son équivalent britannique le PGCE, puis le FLE et enfin la thèse en linguistique), depuis plus de vingt ans donc. Dans un article intitulé « Orlando, l’idéal(e) androgyne », Elizabeth Legros Chapuis montre les merveilles d’Orlando, un texte qu’elle qualifie à juste titre de « foisonnant » : « L’un des moins connus et des moins appréciés ; il présente pourtant un grand intérêt : c’est un texte expérimental reflétant ses idées sur le désir de création confronté à la condition féminine (thème qu’elle a développé ensuite dans Une chambre à soi) et sur l’idéal inaccessible de l’androgynie comme issue à l’éternelle lutte des sexes. » J’ai aimé qu’elle termine sa réflexion sur cette phrase à laquelle j’adhère totalement : « C’est l’écriture qui, pour Orlando comme pour son auteur, cimente une personnalité fragmentée sans cesse en quête de son unité perdue. » (Elizabeth Legros Chapuis, « Orlando, l’idéal(e) androgyne », La Faute à Rousseau, n°64, octobre 2013, pp. 48-50).

-       La deuxième : sentiment de jubilation profonde à la lecture d’Orlando, tellement différent des autres livres de Virginia Woolf, et traduire ce texte signifie pour moi prolonger le plaisir éprouvé en le lisant ; c’est le relire mais mieux, de très près, m’imprégner de sa saveur, de son esprit, de son humour. Continuer mon apprentissage du métier de traducteur avec ce texte. Vivre avec, penser avec, être avec, jour après jour.

-       La troisième : François Bon et Laurent Margantin accomplissent un travail titanesque de traduction littéraire, dont je suis avec engouement la progression (et les rebondissements) sur leurs sites respectifs, Le Tiers Livre (François Bon), et Œuvres ouvertes (Laurent Margantin). Christine Jeanney et Guillaume Vissac mettent en ligne leur traduction respective de The Waves de Virginia Woolf (Journal de bord des Vagues, par Christine Jeanney), et d’Ulysses, de James Joyce (Ulysse par jour, par Guillaume Vissac). J’ai lu et beaucoup apprécié la nouvelle traduction de A Room of One’s Own de Virginia Woolf proposée par Jean-Yves Cotté : Une pièce à soi (éditions publie.net, 2012). J’aurais tant aimé pouvoir lire la traduction de François Bon du Vieil homme et la mer, de Hemingway. Le travail important de Canan Marasligil est également à suivre, et que dire de celui de Danielle Carlès, qui traduit entre autres L'Énéide (merci à Remue.net pour les mises en ligne), tout simplement admirable. La démarche courageuse de ces auteurs/traducteurs me plaît énormément. J’aime l’idée de la continuation d’une réflexion sur un texte, malgré le fait qu’il ait déjà été traduit, cette idée que tout est encore possible, ouvert, pas figé, et le partage aussi, via l'interface des sites, des blogs et des réseaux sociaux, la transmission et la « démocratisation », l’accessibilité accrue des œuvres littéraires, leur dialogue avec qui nous sommes aujourd’hui.

-       La quatrième (et il y en a d’autres mais je vais m’arrêter là) : j’ai passé des années (une quinzaine sans doute) à faire de la traduction qu’on appelle « économique » ou « alimentaire », en plus de l’enseignement et de la recherche. Je pratique la traduction littéraire (qui paie peu ou pas) depuis une huitaine d’années et depuis que j’ai commencé, j’ai peu à peu levé le pied avec la traduction de notices d’emploi, appels d’offres, documents légaux, sites internet, articles de presse, articles universitaires, contrats d'édition, etc. Aujourd’hui je traduis principalement de la poésie (des recueils entiers, mais aussi des ensembles de poèmes pour des revues) et des textes en rapport avec l’Holocauste. Il m’arrive de vouloir traduire purement pour le plaisir, pour moi. J’ouvre alors des recueils de poètes récemment découverts... mais il s’agit toujours de poésie, non pas que ce soit pénible, bien au contraire, mais à la fin, si je suis contente du résultat, je vais chercher à faire publier les traductions dans une revue, c’est un processus normal, alors ça retombe dans la sphère « professionnelle », je veux dire du travail... Hier, samedi après-midi, durant la sieste de ma fille de deux ans et demi (dont le prénom est Orlane !), j’ai commencé à traduire Orlando, au salon, bien calée dans mes coussins, une tasse de thé fumant à ma droite, le livre Selected Works of Virginia Woolf posé devant moi sur la table basse, sur un petit lutrin. Et je n’ai pas vu le temps passer : deux heures délicieuses, sereines, procurées par la fluidité joyeuse d’une prose comme jaillie d’un élan de spontanéité et de sincérité profonde, prose que j’ai eu l’impression de traduire presque sans effort. J’aimerais que ces moments de défoulement mental lumineux et doux fassent partie de mon quotidien.

Ainsi, je vous livre dans la page #chantierORLANDO une version française autre du texte au fur et à mesure de sa traduction, phrase par phrase, paragraphe par paragraphe. Je rappelle que je ne prétends pas qu’elle soit meilleure, ou même plus « moderne » que les versions qui existent déjà, et il lui arrivera sans doute d’être souvent mauvaise, erronée même, malgré mes efforts (si vous remarquez de grosses erreurs et désirez me le faire savoir, je vous saurai gré de m'écrire via les fenêtres de commentaires qui se trouvent au bas des pages #chantierORLANDO et #chantierORLANDO - passages traduits précédemment). Je traduis ce texte pour moi, pour m'amuser donc, quand j'ai besoin de m'extraire de systèmes exigeant qu'on soit productif, rentable, sans répit (et parfois avec à peine le temps de se relire).
 
En tout cas, je suis heureuse d’être là, avec Orlando et Virginia Woolf, et vous remercie d'être passé nous lire.
 
Sabine Huynh
 

 
 
 
 
 
 
Je suis condamnée à écrire pour presque dire.
I am doomed to write and never quite say it.

 
Copyright © Sabine Huynh 2011-2016
Sauf indication contraitre, textes et photographies © Sabine Huynh