presque dire

En taxi dans Jérusalem

Bienvenue / Welcome
PROSES ET POÈMES / Prose & Poetry
Lectures marquantes / Noteworthy readings
WEBÉcriture
Avec vous ce jour-là / Lettre au poète Allen Ginsberg (éd. papier)
Kvar lo
Tu amarres les vagues
La sirène à la poubelle
Avec vous de jour-là / Lettre au poète Allen Ginsberg (éd. numérique)
Tel Aviv / ville infirme / corps infini
Ville infirme, corps infini
Les colibris à reculons
En taxi dans Jérusalem
La mer et l'enfant
La migration des papillons
pas d'ici, pas d'ailleurs
TRADUCTION/TRANSLATION
#ChantierORLANDO
ATELIERS d'écri(lec)ture / Creative Writ/Read-ing Workshops
RENCONTRES / READINGS & FESTIVALS
Ailleurs
BIO
Poèmes aimés / Loved poems
Contact

★ On écoute ce que l'on ne comprend pas, c'est ce que l'on a toujours fait.

(Tarjei Vesaas)
 
 
★ I could write about Jerusalem forever
There is not a stone in this city that doesn't breathe, inspire.
But that is what is so frightening.
People kill for inspiration like that
People kill for poems like that
 
(Karen Alkaly-Gut)
 
 
I know it's been here for the past four thousand years
but it still looks temporary to me.
 
A transit camp, with tribes that do not mix
like sacred oil and holy water,
on their way to some other place,
preferably with a beach and a port.
 
(Zyggy Frankel)

 
http://images.livres.im/covers/9782814507043.png
 
 
Récit : Sabine Huynh
Photographies : Anne Collongues
Date de parution : 3 juillet 2013 pour la version numérique, 20 février 2014 pour la version papier.
Disponible à l'achat sur le site de l'éditeur éditions publie.net, et chez votre libraire préféré, entre autres. Distribution : Hachette Livre.
 
 
Briève­ment

  En taxi dans Jérusalem associe dialogue et récit. Les conversations restituées ici ont lieu entre la narratrice, une jeune femme française installée à Jérusalem, et des chauffeurs de taxi de la ville, autour de sujets qui préoccupent ces derniers, ou qui leur tiennent à cœur, entre 2002 et 2005. Ces années sont celles de la deuxième Intifada, années pendant lesquelles beaucoup de gens n’osent emprunter les transports en commun par peur des attentats. En taxi dans Jérusalem est un livre fortement ancré dans la réalité du quotidien à Jérusalem, réalité mal connue des personnes qui ne vivent pas dans cette ville.

  Une première version de treize de ces vingt-six histoires a été publiée dans l’hebdomadaire Jerusalem Post (édition française), sous le titre « Brèves de taxi », entre juillet et décembre 2005, à raison d’une tous les quinze jours, avec des photographies que j’avais prises (vues de taxi, extérieur et intérieur). Je suis reconnaissante à l’éditrice en chef de l’époque, Chantal Bloom Osterreicher, de m’avoir octroyé cet incroyable espace de liberté dans le journal.
(Sabine HUYNH)

 

Titres des 26 chapitres


Et si...                                                                    

Faites comme chez vous !                                                                        

Le monde est petit                                                                                                 

La paix ?                                                                                                        

Mes mains                                                                                                     

Les courses                                                                                                    

Vous êtes Ruthie ?                                                                                        

Jusqu’au bout du monde                                                                               

Les femmes                                                                                                   

Les études                                                                                                     

Telenovela                                                                                                    

La demande en mariage                                                                              

Votre parfum                                                                                               

Ils ont peur                                                                                                  

Le mal de gorge                                                                                          

Les gardes du corps                                                                                    

Les noyaux d’abricot                                                                                  

Le cerveau s’assied                                                                                     

La prochaine chicane                                                                                  

Vous serez punie !                                                                                       

Les petites choses                                                                                        

Moshé brand forever                                                                                   

Ce foutu pays                                                                                               

Le sexe, le sexe !                                                                                          

Une enfant d’Abraham                                                                                

Prise de tête                                                                                                 

 

 
En taxi dans Jérusalem I Sabine Huynh & Anne Collongues
 
 
Absurde, lassant, généreux, concupiscent ou juste curieux : les chauffeurs de taxi, à Jérusalem, sont tous différents mais ici reliés par une passagère. Cette passagère discrète, Sabine Huynh, ne se retient pourtant pas de noter les mots échangés avec ces conducteurs protéiformes, ces humains dont la seconde maison est une auto. En parallèle des mots, des photos qui viennent ponctuer ces brefs voyages, qui peignent un portrait fragmenté de Jérusalem, capturées par Anne Collongues.
En taxi dans Jérusalem. Une femme monte dans une voiture et indique une destination. Et le chauffeur démarre. Parfois aimable, bavard, bougon ou indiscret, autoritaire ou émouvant... Avec lui, avec eux, c’est toute la ville qui se met à parler pendant qu’on la traverse de part en part. Ce serait banal si c'était… n'importe où qu'à Jérusalem, et simple s'il ne s'agissait pas d'une passagère voyageant seule, et simple si la situation même du pays n'était pas infiniment compliquée, et si souvent dans l'urgence. Sabine Huynh attrape ces conversations, limitées dans le temps, et en fait de petits capteurs qui prennent la température des lieux, le fil des pensées immédiates. Ce sont des instants flash, surprenants, éclairants, qui en disent peut-être plus long sur la ville et ses habitants que les discours. Anne Collongues, elle, saisit des images comme autant de coups d’œil fugaces jetés à travers les vitres de la voiture. C’est un autre point de vue qu’elle propose, en passagère clandestine. Un dialogue bonus soudain prend forme entre la ville et la photographe. Un voyage, fait de 26 départs et de points d’arrivée multiples. Autant de héros que de chauffeurs chaque fois dessinés à cru, autant de vies qui surgissent. Alors, êtes-vous prêts à embarquer En taxi dans Jérusalem ? (Christine JEANNEY)
 
 

Texte d’autant plus juste et tranchant, d’autant plus tendre et désespéré, qu’il dit la blessure d’exister sans se défendre du vertige, sans chercher aucun surplomb, mais se tenant au contact de ce qu’il dit, agissant de l’intérieur à la manière d’un prisme, déchirant non pas la lumière mais l’inconnu, en faisant jaillir le texte, le corps et la villle. (Philippe RAHMY)


Suite de dialogues brefs entre la narratrice et les différents chauffeurs qui la conduisent à travers Jérusalem. Sortes d’esquisses sociales qui finissent par dessiner un portrait de la ville en laissant apparaître à travers l’ordinaire des échanges des vies, des personnages, des questions sur les rapports humains, les différences, la complexité de ce que met finalement en relation la ville. (Jeremy LIRON)

On naviguera avec Sabine sur d’autres langues, notamment dans En taxi dans Jérusalem, avec des photos d’Anne Collongues, suite de dialogues sur le principe de la rencontre avec un étranger — mais l’étranger c’est soi-même, bien sûr. Le taxi comme moteur narratif, le cinéma l’a beaucoup exploité. L’écriture, moins. Des dialogues où passent et repassent les idées communes, rémanentes, traversées parfois de sursauts d’individualité. Et ces phrases mille fois entendues sur l’origine ("Vous êtes japonaise ?", "Vous êtes française, mais alors pourquoi ces traits ?"), toujours à côté de son expérience à soi, parce qu’elles relèvent tragiquement d’un monde qui n’est plus, dans lequel venir de quelque part encore signifiait. La ville, Jérusalem, Hanoi ou Saigon : chaque fois une désorigine, dont on ne rapporte que les mots. (Mahigan LEPAGE)

Merci à vous pour ces instantanés de Jérusalem ! Ils nous plongent au coeur de cette ville, sous l'oeil attentif du passager qui découvre, par la fenêtre entrouverte, ses deux côtés... Un bien beau voyage ! J'aime beaucoup l'association du texte et des images; images surprenantes, urbaines, images d'un croisement, images de vie. A découvrir, intensément ! Christine, 5 étoiles sur Amazon)


 

Les photographies du désir : note sur les images d’Anne Collongues

 

En couverture, ce qui semble être une mariée, capturée dans un écrin de lumière poignante et déshumanisante. Une silhouette comme menacée par les tentacules d’un feuillage obscur, dont les lames s’avancent, telles des centaines d’yeux, ou de langues avides. Au-dessus de sa tête, une petite fenêtre s’allume, comme un avertissement. Les anachronismes du livre En taxi dans Jérusalem sont posés : douceur, mélodrame, éclat, tension, émotion, familiarité, frustration, générosité, impudence, bassesse, humanité, et quelque chose qui relève du voyeurisme aussi – cette fascination certaine pour l’intime, éclaboussant les parois intérieures d’un taxi.

 

Les photographies proposées par Anne Collongues pour accompagner ces histoires de taxi sont bel et bien des « paysages émotifs », comme elle les désigne elle-même : des images denses, réunissant des éléments et des événements suggestifs, captivant l’imagination, alors que dans sa note d’intention, elle déclare, avec la modestie qui la caractérise, n’avoir pas voulu captiver le regard, nous induisant alors à croire que ses images s’étaient voulues légères. Que nenni ! Mon regard a été d’emblée saisi par ses photographies habitées, qui ont laissé une forte impression sur ma rétine parce qu’elles se mariaient parfaitement avec mes souvenirs de six années passées à Jérusalem. Aux paysages émotifs d’Anne correspondent mes paysages mentaux d’une Jérusalem désaffectée (que je traversais souvent de nuit, en rentrant chez moi), loin des clichés étalés dans les brochures touristiques.  

 

Anne a raison de dire que ses photographies peuvent se lire comme un récit venant s’ajouter aux vingt-six qui composent En taxi dans Jérusalem. J’ajouterai même qu’elles peuvent être lues comme de multiples récits, et, bien sûr, sans la béquille de mon texte, tant leur pouvoir d’évocation est grand. Elles me parlent d’inquiétante étrangeté et de hantises, de vides vertigineux et contemplés avec effroi, s’apparentant au silence entrecoupé de cris d’humains vivant sous un ciel de poix noire, et tentant de respirer sous une chape entravant leurs mouvements.

 

Les images captées par l’œil d’Anne Collongues laissent entrevoir, de loin mais non sans finesse, sous les parures d’or, de bronze et de lumière chantées par Naomi Shemer (l’auteure de la fameuse chanson « Jérusalem d’or »), une ville dont le nom écorche véritablement les lèvres, toute de clair-obscur et de tristesse voilée : une ville qu’Anne a devinée avec justesse bien que n’y ayant pas vécu, ce qui ne fait que confirmer son intuition artistique incroyablement aigüe et, somme toute, son immense talent. Était-ce parce qu’elle s’était positionnée comme passagère clandestine et que moi-même je m’étais sentie tellement étrangère à et dans cette ville, comme une greffe qui n’aurait jamais pris ?

 

Les scènes de rue présentent des théâtres d’ombres et d’objets où se jouent les drames d’attente et de prières haletantes des hiérosolymitains. Ainsi cet écran, blanc et muet de leurs désirs, se découpant sur les murs d’une vieille maison en pierre et ses fenêtres en ogive, au-dessus d’un kiosque de loto : signe d’aveuglement, de foi aveugle en ce qui n’existe pas, mais également tension entre les traditions pesantes et les doutes devant un avenir incertain. Ou encore ce banc vide, cœur blessé de martyr, transpercé des branches épineuses de l’espérance non comblée. Je ne peux m’empêcher de penser à Thérèse d’Avila la passionnée (dont la famille paternelle était issue de Juifs convertis de Tolède), « embrasée dans sa peine », écartelée entre une vie de plaisirs et une vie de renoncement. Jérusalem.

 

Du « sommeil des pierres et des arbres » (cf. la chanson « Jérusalem d’or ») la photographe extrait une activité crépusculaire ou nocturne surprenante et mystérieuse, aussi fugitive que des désirs confus : un barbecue improvisé en pleine rue, une poussette comme abandonnée devant un supermarché, deux jeunes garçons fuyant on ne sait qui, un marché de nuit vendant on ne sait quoi, le canon du fusil d’un jeune soldat pointé vers des seaux remplis de fleurs, et tous ces gens la tête tournée, le regard ailleurs, attendant avec la même confiance mêlée d’angoisse un autobus ou un messie. Il arrivait que sous un certain éclairage (pleinement lunaire, peut-être) les murailles de la Vieille Ville, saisies à la dérobée du coin de l’œil alors qu’on passait rapidement devant à bord d’un taxi de nuit, ressemblait plus à un décor en carton-pâte qu’aux enceintes classées construites sous David, Salomon et Solimane le Magnifique.

 

Bref, malgré ces mots déployés pour essayer de vous dire la Jérusalem des photographies d’Anne Collongues, vous ne pourrez vraiment vous rendre compte de sa profondeur qu’en entrant dans les images-mêmes, qui se trouvent dans notre livre, En taxi dans Jérusalem, où je vous invite à nous retrouver sans plus tarder.

 

Sabine HUYNH

 

 
Sabine Huynh & Anne Collongues
Librairie Vice-Versa, Jérusalem, 31/03/2014
(photo : D. Berrebi)
 
Lire aussi : le texte d'Anne Collongues à propos de l'ouvrage : sur le site d'Anne, et relayé sur le blog de publie.net.
 
Écouter l'entretien radiophonique que Sabine Huynh a accordé à la journaliste Jacqueline Behar pour la radio Kol Israel, relayé sur le site de publie.net. 

 
 
 
 
 
 
Je suis condamnée à écrire pour presque dire.
I am doomed to write and never quite say it.

 
Copyright © Sabine Huynh 2011-2016
Sauf indication contraitre, textes et photographies © Sabine Huynh