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© Alien Christiaens, Zonder Titel. Alien Christiaens, Vrije Kunsten. Hogeschool Sint-Lukas Brussel.
 
 

CE N’EST PLUS

cette

pesanteur parfois

plongée dans l’heure

avec toi. C’en est

une autre.

 

C’est le poids retenant le vide

qui avec

toi irait.

Il n’a, comme toi, pas de nom. Peut-être

êtes-vous la même chose. Peut-être

me donneras-tu aussi un jour ce

nom.

 

Paul Celan

La rose de personne

(Bilingue. Traduction de Martine Broda. José Corti, 2002, p. 63)

 

 

 
 
A Nameless Journey
Lea Goldberg
 
 
I
Where am I? How can I explain where I am?
My eyes are not visible in any window,
My face is not reflected in any mirror,
All the city's streetcars ride on without me.

And the rain falls and does not wet my hands.
And I am here, wholly here---
in a foreign city
in the heart of a great foreign homeland.

2
My room is so small
that the days in it are wary and grow shorter,
and I too live in it cautiously
in the smell of smoke and apples.

At night the neighbors light a lamp:
across a great courtyard, through the high birch leaves,
a window facing me glows quietly.
Sometimes at night it's hard to remember
that once
somewhere---
there was a window which was mine.

3
It's been weeks since anyone has addressed me
by name, and it's so simple:
the parrots in my kitchen
haven't yet learned it,
people in all corners of the city
don't know it.
It exists only on paper, in writing,
it has no sound, no note or voice.

For days I walk nameless
in the street whose name I know.
For hours I sit nameless
facing a tree whose name I know.
Sometimes, nameless, I think
of he whose name I do not know.

4
I walked with the boats and I stood with the bridges
and I was cast on the street
with the falling elm leaves,
I had an autumn
and I had a cloud of light beside a black chimney.
And I had a strange name
which no one can guess.

Aug.-Sept. 1960, Copenhagen
 
 
 

Tu dis pour naître

Claude Vigée

 

Tu n'écris plus

Pour être lu

Par des poètes.

 

Tu dis pour être

Au cœur de l'homme,

Simplement.

 

Ton chant est comme

Une fenêtre

Ouverte au vent :

 

Orage à mille têtes !

Éclats de sel

Claude Vigée

 

Mots distants, interdits comme les choses mêmes,

Et mêlés dans le monde aux mains d'autrefois,

Je m'approche de vous, lentement, dans la nuit. 

 

La parole revit sur des lèvres scellées

Comme celles des murs qui ferment la mer Morte :

Éclats de sel taillés dans les mines du cœur.

 

 

 

Des vies en aiguillage

Sabine Péglion

 
Au balcon de ses rêves

elle guette suspendue
ce défilé sans trêve
Silhouettes menues
à la vitre appuyées
Wagons illuminés
emportant dans la nuit
ces vies à inventer



Tu ne sais plus pourquoi

Un jour dans cette gare
Tu te retrouves là
Parmi tous ces regards

Sous la verrière tombe

en cercle des taches d’ombres

Ni le sens de tes pas

Vers des quais où s’égarent
S’interpellent des voix
Arrivées ou départs

Là des moineaux poursuivent

les enfants

Pour eux la petite fille

aux tresses blondes
invente une ronde

Des vies en aiguillage

Trajectoires des voies
Parle-t-on de voyage
Quand on n’a pas le choix

Enfants sortez de la ronde

D’autres nuits vous attendent

Et vos étoiles multipliées

Jamais ici ne pourront briller

On laisse on ignore

On confie à l’histoire
On condamne parfois

Pourtant

Masse sombre échouée
Mains tendues sur ces quais
Ceux qu’on nomme
Aujourd’hui Étrangers

On passe autour d’eux

On évite leurs yeux
On s’agite on s’embrasse
Il faut vite être heureux

 

La Bohème est au bord de la mer

Ingeborg Bachmann

Vertes en ce pays sont les maisons, j'y entre encore.
Indemnes sont les ponts, je vais en terrain sûr.
Peines d'amour perdues de tout temps, je les perds ici bien volontiers.

Ce n'est pas moi, mais quelqu'un d'aussi bon que moi.

Un mot m'accoste et je me laisse accoster.
La Bohème est encore au bord de la mer, je crois les mers à nouveau.
Et croyant à la mer, en la terre, j'espère.

C'est moi, donc c'est tous ceux qui sont autant que moi.
Et je ne veux plus rien pour moi. Faire naufrage.

Naufrage -- cela veut dire en mer, là je retrouve la Bohème.
Couler à pic -- je me réveille dans le calme.
Je connais le fond à présent, tout le contraire de perdue.

Venez, Bohémiens de tous bords, navigateurs, putains portuaires, navires
jamais à l'ancre. Et ne voulez-vous être de Bohème, ô vous tous, d'Illyrie, de Vérone
et de Venise Jouez les comédies qui font rire,

et qui pourtant sont pour pleurer. Et trompez-vous cent fois
comme moi je l'ai fait, sans être reçue aux épreuves,
reçue pourtant, une fois pour l'autre.

Comme fut reçue la Bohème, comme un beau jour elle reçut
la grâce d'approcher la mer, et maintenant se trouve au bord de l'eau.

J'accoste encore un mot et un autre pays,
j'accoste, si peu que ce soit, à tout de plus en plus,

bohème, vagabonde, qui n'a rien ni ne conserve rien,
dotée seulement de la mer, de la mer contestée, pays élu de mon regard.

 

(traduction de François-René Daillie, Ingeborg Bachmann - Poèmes, Actes Sud, 1989)

 

By May Stevens (born in 1924 in Boston)

 

In my private emotional journey through this swamp, I

turned to a Jew and a radical and married him

turned against my Yankee racist father

publicly painted him as a bigot

turned toward my Catholic mother

celebrated her in poems and painted her as companion to Rosa Luxemburg

turned to Rosa Luxemburg, Jew, radical, as spiritual mother

bore a half-Jewish son in Europe when the smoke from the ovens was still in the air

painted the Freedom Riders of the Civil Rights Movement

painted myself in the place of Courbet/male artist/leader/master

surrounded by art world friends and supporters

painted contemporary women artists as they enter a new role in the history of art

 

 

The Red Wheelbarrow
William Carlos Williams
 

So much depends
upon

a red wheel
barrow

glazed with rain
water

beside the white
chickens.
 
 

 

He wishes for the Cloths of Heaven

William Butler Yeats

 

Had I the heaven’s embroidered cloths,
Enwrought with golden and silver light,
The blue and the dim and the dark cloths
Of night and light and the half-light,
I would spread the cloths under your feet:
But I, being poor, have only my dreams
I have spread my dreams under your feet;
Tread softly because you tread on my dreams.

 

Il voudrait avoir les voiles du ciel

Si j’avais les voiles brodés des cieux
Ouvrés de lumières d’or et d’argent
Les voiles bleus, diaphanes et sombres
De la nuit, de la lumière et de la pénombre
J’étendrais ces voiles sous tes pieds :
Mais je suis pauvre et je n’ai que mes rêves ;
J’ai étendu mes rêves sous tes pieds ;
Marche doucement car tu marches sur mes rêves.

(Traduction : Jacqueline Genet)
 
 
Lire aussi : Ils l'ont dit pour nous (citations).

 
 
 
 
 
 
Je suis condamnée à écrire pour presque dire.
I am doomed to write and never quite say it.

 
Copyright © Sabine Huynh 2011-2016
Sauf indication contraitre, textes et photographies © Sabine Huynh