Tu vis ou tu meurs, premiers recueils – Anne Sexton

Je lis Anne Sexton depuis la fin des années 90. Elle est née en 1928 dans la banlieue de Boston, aux États-Unis. Elle y a vécu et s’y est donné la mort en 1974, à l’âge de 46 ans. Sexton est enterrée au très beau cimetière de Forest Hills, dans le quartier bostonien de Jamaica Plain, où repose aussi e e cummings.

J’ai découvert sa poésie alors que je vivais à Boston. Je m’étais acheté l’épais volume de plus de 600 pages de son œuvre poétique intégrale : Anne Sexton, The Complete Poems (First Mariner Books edition, Houghton Mifflin Company, Boston, New York, 1999). Au fil des années, je l’ai picoré, j’en ai traduit quelques poèmes, mais leur difficulté me décourageait. Je crois que je ne parvenais pas à en saisir tous les enjeux (notamment féministes) parce que d’une part j’étais trop jeune, et d’autre part je n’étais pas encore devenue mère. Il y a d’autres raisons, bien sûr : univers extrêmement riche, nombreuses références (culturelles, historiques, littéraires, biographiques — il faut bien connaître la vie de Sexton pour pouvoir la traduire –), insert de citations (notamment de Shakespeare et de la Bible), jeux avec la langue (rythme, sons, sens). La poésie d’Anne Sexton est tout simplement impossible à traduire mot à mot et très difficile à traduire pour qui n’a pas assez vécu ou lu. Par ailleurs, de nos jours, grâce à l’internet, je peux écouter Anne Sexton lire ses poèmes, cela m’aide parfois à comprendre quelque chose qui m’échappait, cela parvient à débloquer quelque chose. J’ai enfin commencé à la traduire sérieusement, de manière assidue, et dans le but de la faire connaître davantage, en 2014, en apprenant avec stupeur qu’il n’existait toujours aucun livre d’elle publié en français.

Il s’agit d’une poésie très complexe et travaillée, une poésie engagée et féministe, qui explore tabous intimes et familiaux en dévoilant les travers d’une certaine société américaine de l’après-guerre, bourgeoise et fortement antiféministe et aliénante, étouffante. Le travail poétique d’Anne Sexton a été taxé de « confessionnel » par ses détracteurs, mais il s’agit en réalité d’une poésie ample et exemplairement universaliste, qui suscitait l’effroi et le dégoût parce qu’elle sortait des rangs et osait parler énergiquement au nom des femmes, de leur singularité, de leurs griefs, mais aussi de ce qui leur faisait le plus de bien. Les femmes étaient alors reléguées aux rôles d’épouse parfaite, de mère, de femme au foyer et accessoirement d’amante (le moindre écart à la norme et la femme se retrouvait inexorablement brisée par le système psychiatrique). La poésie d’Anne Sexton, rebelle et résistante, était grandement admirée par ses amies poètes : Maxine Kumin, Denise Levertov, Adrienne Rich et Sylvia Plath.

C’est donc avec une joie immense que j’annonce aujourd’hui qu’un volume comprenant la traduction française des quatre premiers recueils d’Anne Sexton est à paraître en janvier 2022 chez la prestigieuse maison féministe les éditions des femmes-Antoinette Fouque. Le reste suivra, puisque je continuerai à traduire le travail d’Anne Sexton, pour mon plus grand bonheur : cela constitue l’un de mes choix de vie les plus importants.

Il est possible de m’entendre lire à voix haute le poème « La mort de Sylvia », qu’Anne Sexton a dédié à Sylvia Plath, sur Soundcloud.

Poèmes traduits de l’anglais américain par Sabine Huynh.

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