Nous nous sommes rencontrés, par Anne Collongues et Sylvie Sauvageon

Ce qu’il y a de jouissif, avec Nous nous sommes rencontrés (éditions Nuit Myrtide, 2019), cet objet-livre composé de bristols au format carte postale renfermant un texte d’Anne Collongues et des dessins de Sylvie Sauvageon, c’est bien sûr la manipulation et le toucher qu’induit la lecture, qui devient brassage, assemblage, ajustement, jeu de piste, découverte – ludique presque (on pense à Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau), si ce n’était le ton mélancolique du texte, qui demande au lecteur d’aborder cette œuvre énigmatique avec lenteur et gravité.

Tout est inexplicable dans Nous nous sommes rencontrés : ces « photos jaunies trouvées sur un trottoir de Tel Aviv » par Anne Collongues, cette étiquette sur l’une d’elles avec le mot « nifgachenou » écrit en hébreu (qui veut dire « nous nous sommes rencontrés »), cette rencontre improbable déployée dans un récit fragmentaire qui mêle les voix des protagonistes, ces silhouettes, visages et paysages s’estompant de carte en carte.

Un mode plutôt poétique a été choisi par Collongues et Sauvageon pour ce dialogue mots-images autour de l’histoire de cette mystérieuse « inconnue » (la même jeune femme sur toute les photographies) et c’est tant mieux, car la poésie s’accorde à merveille à l’inexplicable, l’étant elle-même. Ainsi, des dessins aux couleurs un peu pâles font écho à la poésie pénétrante des textes, et de cet ensemble feutré émane la nostalgie de moments passés et la tristesse de savoir que tout souvenir est un leurre, au même titre que tout sujet apparaissant sur une photographie est un fantôme, déjà absent du moment saisi par l’objectif. La menace du temps, qui fait de nous des spectres, plane dans Nous nous sommes rencontrés, un objet-livre qui captive le lecteur en douceur, mais inéluctablement. (Sabine Huynh, 01/11/2019)

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